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L’absinthe, une plante médicinale ancestrale

Absinthe (Artemisia absinthium), une plante médicinale ancestrale

Le spiritueux « absinthe » emprunte le nom de la plante qui entre dans sa composition, ou Artemisia absinthium de son nom latin. Depuis toujours, cette plante est infusée, pilée, macérée pour ses vertus curatives. Et ce n’est pas un hasard si, autour de 1795, c’est d’abord un « élixir médicinal » d’absinthe que distille, pour la première fois de l’histoire, la Mère Henriod au Val-de-Travers ; celui-même qui deviendra bientôt la célèbre « absinthe » de Van Gogh, Rimbaud ou Verlaine. Digestive, anti-oxydante, plante-star de la pharmacopée de l’abbesse Hildegarde de Bingen, partez à la découverte de cette surprenante « Herbe sainte ».

Depuis plus de 3600 ans...

La plante d’absinthe est reconnue depuis l’Antiquité pour ses nombreuses vertus thérapeutiques. Tonique et stimulante, vermifuge et antiseptique, elle combat la fièvre, régularise le cycle et soulage les douleurs menstruels. Des propriétés que l’on doit à son amertume prononcée, qui stimule la sécrétion de bile. Elle contient également des tanins et de la vitamine C.

L’absinthe, « Artemisia absinthium » de son nom latin, est une plante herbacée qui pousse naturellement sur les sols rocailleux d’altitude d’Europe, d’Amérique et d’Asie. On utilise ses sommités fleuries ou ses feuilles séchées récoltées au moment de la floraison, de juillet à septembre.

Le saviez-vous ? Jusqu’à la moitié du 20e siècle, l’absinthe était surnommée « l’herbe des vierges » car on lui prêtait des propriétés abortives.

Un papyrus égyptien remontant à 1600 av. J.-C. énumère nombre de recettes thérapeutiques, alors que, dans la Rome antique, Pline l’Ancien vante ses vertus dans son « Histoire naturelle » (vers 77 apr. J.-C.).

Le saviez-vous ? C’est en suivant les recommandation du médecin grec Galien (129-201) vantant les vertus anti-malaria de l’absinthe que les armées napoléoniennes l’utilisent à ce titre dans leurs déplacements vers l’Europe de l’Est.

On emploie alors l’absinthe sous une multitude de formes, infusion, poudre, hydrolat, teinture, extrait, sirop…

Plante star de Sainte Hildegarde

Hildegarde de Bingen
Hildegarde de Bingen, recevant l'inspiration divine, la transmet à son script.

Au 12ème siècle, Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179), considérée comme la mère de la phytothérapie occidentale, en fait un composé star de sa pharmacopée. Elle intègre la plante à une multitude de remèdes naturels aux applications variées.

Le baume à l’absinthe : pour soigner arthrite, arthrose et rhumatisme et dont elle écrit : « On peut piler de l’absinthe dans un mortier pour obtenir du suc, et y ajouter de la graisse et de la moelle de cerf, quatre parts de suc pour deux de graisse et une de moelle. Faire ainsi un onguent, et quand on est l’objet d’une forte attaque de goutte qui menace de briser les membres, se frotter avec cet onguent près du feu et on sera guéri ».

L’huile d’olive à l’absinthe : contre la toux, à frictionner sur le haut du torse. La Sainte préconise de « piler de l’absinthe et mélanger le suc dans l’huile d’olive dans une proportion de deux pour un ; faire chauffer au soleil dans un récipient de verre et conserver ainsi toute l’année. Et lorsqu’on souffre de la poitrine et que l’on tousse, se frotter avec cet onguent. si on éprouve de la douleur dans les côtés, s’en frotter à cet endroit, et cette onction guérit à l’intérieur comme à l’extérieur. »

L’élixir à l’absinthe : pour détoxifier l’organisme en nettoyant ses principaux émonctoires (rein, foie, poumon, peau…) et pour « supprimer la mélancolie en vous ». L’Abbesse écrit : « Lorsque l’absinthe est fraîche, pilez-la et pressez son jus à travers un linge, par ailleurs faites légèrement bouillir du vin avec du miel et versez ce jus dans le vin de manière à ce que ledit jus couvre nettement le goût du vin ainsi que celui du miel, buvez-en de mai à octobre tous les trois jours le matin à jeun. »

... jusqu'à la cour de Louis XIV

Au Moyen-Âge, l’absinthe se consomme macérée dans du vin, avec anis et hysope. Ce « vin d’absinthe » est courant et réputé ouvrir l’appétit et aider à la digestion.

Recette du vin à l’absinthe : dans « Plantes, remèdes et maladies » (1891), le Dr Lehamau retranscrit la recette du vin à l’absinthe :
Infuser 24 heures 32g de grande absinthe (fleurs et feuilles séchées) dans 60g d’eau de vie. Ajouter 1 litre de vin blanc. Macérer une dizaine de jours en remuant de temps en temps. Filtrer.

À la cour de France également,on se soigne avec l’Artemesia. Comme lorsque Monsieur Fagon, médecin de Louis XIV, soigne les ulcérations anales du roi avec une solution d’absinthe, de feuilles de rose et de vin de Bourgogne. Et Madame de Coulanges de vanter ses vertus digestives dans une correspondance avec Madame de Sévigné… déplorant son amertume.

Aujourd'hui, de remarquables propriétés anti-oxydantes documentées

De récentes études (dont celles du National Center for Biotechnology Information et du Journal of Agricultural Chemistry and Environment) ont observé les remarquables capacités anti-inflammatoires, antibactériennes et antivirales de l’Artemisia absinthium. Cette plante compte parmi les ingrédients naturels les plus riches en flavonoïdes, de puissants anti-oxydants qui protègent les cellules des radicaux libres.

L’Agence européenne du médicament reconnaît à l’absinthe des propriétés « traditionnellement établies » contre « la perte d’appétit temporaire et les problèmes digestifs légers ». L’AME recommande d’en consommer durant deux semaines au maximum, en infusion, déconseillée durant la grossesse et pendant l’allaitement

Tisane à l'absinthe

Infuser 1 gramme de plante séchée dans une tasse d’eau bouillante pendant 10 minutes. Boire deux à trois tasses par jour, une demi-heure avant le repas en cas de perte d’appétit ou tout de suite après en cas de digestion difficile.

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