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L’absinthe dans l’art – La « Muse aux yeux verts » des plus grands artistes de la Belle-Époque

L'absinthe dans l'art

L’absinthe est invariablement associée aux plus grands artistes de la Belle-Époque. Ils s’appellent Verlaine, Rimbaud, Van Gogh, Degas, Gauguin… tous peignent et poétisent cette troublante « Fée verte », telle que la surnommera Oscar Wilde. Leurs toiles et leurs vers racontent l’époque, où le bistrot et l’absinthe constituent alors la seule échappatoire à une vie de labeur. Fée. Mais aussi sorcière.

Peu d’alcools ont autant inspiré l’art que cette Muse aux yeux verts. Et comment en aurait-il pu être autrement à une époque où l’absinthe supplante tous les alcools consommés dans les cafés, représentant au tournant du siècle 90% des apéritifs consommés en France.

On l’aime. On la déteste.
On la boit. On la vomit.
Elle stimule les esprits. Elle fait perdre la tête.

Degas dépeint la tristesse et la solitude de deux personnages accoudés à leur verre d’absinthe, le regard vide. Quand Ramon Casa saisit cette blanchisseuse échevelée et épuisée au Moulin de la Galette avec cigare et verre d’absinthe. Sulfureux. (Voir plus bas)

Paul Verlaine devant un verre d'absinthe (1892)
Paul Verlaine devant un verre d'absinthe au Café François 1er, Dornac, 1892

Baudelaire l’appelle « poison aux yeux verts » et aux « gouffres amers » qui ne valent pourtant pas « le terrible prodige de ta salive qui mord » (Le Poison, 1857). Raoul Ponchon l’« adore, certes ! » et « Qu’importe, ô recours des maudits ! Que tu sois un vain paradis, si tu contentes mon envie ». Elle, qui lui fait « supporter la Vie en l’habituant à la Mort » (L’Absinthe, 1886). Quant à Verlaine, il s’interroge : « Quel imbécile l’a donc magnifiée en fée ».

Qu’importe. Musset affirme « Moi, je t’aime ! ». « J’aime ta forte odeur et ton flot d’un vert sombre qui laisse s’élancer, au milieu de son ombre, des feux couleur de sang tout le long du cristal. ». Elle donne « l’ivresse et l’oubli de mes maux », permet de « sentir des ailes d’ange l’emporter dans les cieux ». (Ode à l’Absinthe, vers 1906). Et Verlaine d’ajouter (Dédicaces, 1890) : « Moi, ma gloire n’est qu’une humble absinthe éphémère ».

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« Le Buveur d’absinthe », Édouard Manet (1859)

Cette toile est considérée comme la première œuvre originale d’Édouard Manet, alors âgé de 26 ans. Elle dépeint Collardet, un chiffonnier alcoolique notoire qui mendiait régulièrement sur les escaliers du Louvre. Une analyse de la peinture a démontré que le verre d’absinthe est un rajout de l’artiste.

Le Buveur d'absinthe, Édouard Manet (1859)

« Dans un café (L’absinthe) », Edgar Degas (1873)

Cette scène se déroule au café de la Nouvelle Athènes, place Pigalle, point de ralliement des Impressionnistes. Il représente Ellen Andrée, actrice, le regard vague face à un verre d’absinthe, et Marcellin Desboutin, peintre et graveur. Les couleurs délavées, gris, marron et noir, appuient le regard triste de la femme. Quant au décadrage de la scène, il souligne l’isolement des personnages. On ressent enfin comme une ivresse en observant cette scène. Observez les éléments posés sur les tables, puis les tables elles-mêmes, dépourvues de pieds. Tout semble flotter dans l’air. Et si l’œil ne le perçoit pas immédiatement, le cerveau, lui, s’embrouille, comme en apesanteur. Troublant.

Dans un café (L'absinthe), Edgar Degas (1873)

« La Buveuse d’absinthe », Félicien Rops (1877)

Bouche entrouverte, lascivement appuyée contre un mur, robe décolletée : la buveuse d’absinthe de Rops appartient assurément au monde de la nuit. Peut-être est-elle une prostituée. Lorsque l’artiste la présente à l’Exposition internationale des Beaux-Arts, en Belgique, elle provoque l’indignation des critiques et réjouit l’artiste qui se félicite d’avoir ainsi choqué « les bourgeois campagnards ». Elle introduit dans l’imaginaire collectif un certain stéréotype de la femme buveuse d’absinthe duquel d’autres artistes s’empareront. ; seule, provocante, frondeuse.

La Buveuse d'absinthe, Félicien Rops (1877)

« Les Buveurs d’absinthe », Jean-François Raffaëlli (1881)

Loin du coeur bohème de Paris, Raffaëlli peint ces buveurs d’absinthe dans la commune d’Asnières-sur-Seine, une communauté ouvrière située à plusieurs kilomètres du centre de la capitale. Impossible, sous leur haut-de-forme, de ne pas les rapprocher du Buveur d’absinthe de Manet.

Les Buveurs d'absinthe, Jean-François Raffaëlli (1881)

« L’absinthe », Vincent Van Gogh (1887)

Cette œuvre met en scène un verre d’absinthe dilué aux côtés d’une bouteille d’eau. Van Gogh en était un fervent adepte, initié dit-on par Toulouse-Lautrec et Gauguin, avant de s’arrêter brusquement. L’artiste a utilisé ici la technique de la « peinture à l’essence », utilisant des pinceaux très fins qui confèrent à cette peinture à l’huile des airs d’aquarelle.

L'absinthe, Vincent Van Gogh (1887)

« Le café de nuit », Vincent Van Gogh (1888)

Café de la Gare, place Lamartine à Arles, minuit et quart comme affiché sur l’horloge au fond de la salle. De l’absinthe sur les tables, des clients fatigués. Un mois avant, Van Gogh écrit à son frère Théo : « Aujourd’hui, je vais probablement commencer à peindre l’intérieur du café où j’ai une chambre, à l’éclairage du gaz, le soir. C’est ce qu’ils appellent ici un « café de nuit » (ils sont assez fréquents ici), restant ouverts toute la nuit. Les « rôdeurs de nuit » peuvent s’y réfugier lorsqu’ils n’ont pas d’argent pour se payer un logement ou lorsqu’ils sont trop ivres pour être rentrer. »

Le café de nuit, Vincent Van Gogh (1888)

« Café de Nuit, Arles », Paul Gauguin (1888)

Gauguin, qui rejoint Van Gogh à Arles, peint à son tour le « Café de nuit » que le Néerlandais avait restitué en plan large, quand Gauguin choisit de se concentrer sur cette femme, Marie Ginoux, tenancière de l’établissement, songeuse devant son absinthe. En arrière-fond, des hommes ivres, trois prostituées, contrastant avec ces couleurs vives typiques des bordels de la ville.

Café de Nuit Arles, Paul Gauguin (1888)

« Nature morte aux oignons », Vincent Van Gogh (1889)

Van Gogh vient de sortir de la clinique psychiatrique d’Arles lorsqu’il crée cette nature morte, pour « s’habituer à repeindre » comme il l’écrit à son frère Théo. Les objets mis en scène indiquent que l’artiste a repris la routine de la vie quotidienne : une assiette d’oignons, une pipe à tabac, une cafetière et cette bouteille, sans doute d’absinthe, peut-être de vin. À côté, le livre « Annuaire de la santé » traitant de nutrition et d’hygiène.

Nature morte aux oignons, Vincent Van Gogh (1889)

« Les Buveurs », Vincent Van Gogh (1890)

Dans ce tableau, inspiré d’une gravure sur bois d’Honoré Daumier, Van Gogh dépeint l’alcoolisme en caricaturant les traits des personnages symbolisant les différents âges de la vie d’un homme. La toile est imprégnée d’une palette verdâtre, vraisemblablement une allusion à l’absinthe.

Les Buveurs, Vincent Van Gogh (1890)

« Portrait de Vincent van Gogh », Henri de Toulouse-Lautrec (1887)

Henri de Toulouse-Lautrec avait rencontré Van Gogh durant les cours donnés à l’atelier de Fernand Cormon. On dit même que Toulouse-Lautrec et Gauguin, qui passaient leurs nuit au café Le Tambourin, l’initièrent à l’absinthe. Qu’il ne quitta plus, admettant son « presque alcoolisme » lors de son départ pour Arles. Sur ce pastel à la craie sur carton, c’est donc naturellement que Toulouse-Lautrec peint son ami au Tambourin, face à un verre d’absinthe.

Portrait de Vincent van Gogh, Henri de Toulouse-Lautrec (1887)

« Monsieur Boileau », Henri de Toulouse-Lautrec, 1893

Renversé sur sa chaise, Monsieur Boileau a le regard vitreux de ceux qui ont trop bu d’absinthe, dont on reconnaît la teinte opale dans le verre qui se dresse sur la table. C’est l’une des rares peintures de l’artiste dépeignant la bourgeoisie, lui qui n’aime rien tant que le Paris bohème des danseuses de cabaret et des prostituées.

Monsieur Boileau, Henri de Toulouse-Lautrec, 1893

« Au Moulin de la Galette » (L’absinthe), Ramon Casa (1892)

Le Moulin de la Galette était l’un de ces endroits typique du Montmartre bohème. Le peintre catalan, qui en avait fait son bar de prédilection, y saisit une blanchisseuse, Madeleine Boisguillaime, qui boit un verre à la fin de sa journée de travail. Échevelée, épuisée, elle est seule, fumant un cigare devant un verre d’absinthe, une attitude sulfureuse pour une femme de l’époque. Dans le miroir se reflète l’ambiance du lieu.

Au Moulin de la Galette (L'absinthe), Ramon Casa (1892)

« La Muse verte », Albert Maignan (1895)

Le poète, qui cherche l’inspiration auprès de sa « Muse verte », se trouve pris d’angoisse lorsque celle-ci, sourire cruel aux lèvres, étreint son crâne. Ce n’est pas une fée mais « la Mort sous la forme d’une triste figure voilée » qui « viendrait lui frapper sur l’épaule et semblerait lui dire « partons ! ». L’artiste, doigts crispés, semble fou. Une allégorie de l’addiction à l’absinthe.

La Muse verte, Albert Maignan (1895)

« Piják absintu » (The Absinthe Drinker), Viktor Oliva, 1901

C’est dans les bars de la Montmartre bohème de la fin du dix-neuvième siècle que l’artiste tchèque Viktor OIiva découvre l’absinthe, avant de la mettre en scène dans cette œuvre saisissante qui prend pour décor son café favori, le Slavia de Prague, où l’œuvre est toujours visible.

Piják absintu (The Absinthe Drinker), Viktor Oliva, 1901

« L’absinthe » (L’alcool rend fou) Philippe Ernest Zacharie (1909)

La Ligue Nationale française contre l’Alcoolisme multiplie les supports pour faire passer ses messages de prévention, dont certains novateurs, notamment le cinéma. Elle mandate des artistes de l’époque, comme Philippe Zacharie qui peint ce tableau en 1909, édité en carte postale par la Ligue. On y voit un homme, le regard fou, tenant d’une main une bouteille d’absinthe, de l’autre un revolver ayant servi à tuer son épouse et son enfant, gisant au sol.

L'absinthe (L'alcool rend fou) Philippe Ernest Zacharie (1909)

Albert Anker

Le peintre bernois, souvent surnommé « peintre national » de la Suisse, s’est spécialisé dans les représentations populaires de la vie rurale en Suisse au XIXe siècle. L’absinthe occupe donc naturellement une place importante dans son œuvre.

Der Absinthtrinker, Albert Anker (1907)
"Der Absinthtrinker", Albert Anker (1907)
Der Absinth-Trinker, Albert Anker (1908)
"Der Absinth-Trinker", Albert Anker (1908)

Jean Béraud

Jean Béraud (1849-1935) est un peintre de genre qui retranscrit inlassablement les scènes de la vie parisienne des cafés où l’absinthe trône toujours en bonne position.

Le Buveur d'absinthe, Jean Béraud (1908)
"Le Buveur d'absinthe", Jean Béraud (1908)
Les joueurs de backgammon, Jean Béraud (1909)
"Les joueurs de backgammon", Jean Béraud (1909)
La Lettre, Jean Béraud (1908)
"La Lettre", Jean Béraud (1908)
Au Café, Jean Béraud (autour de 1910)
"Au Café", Jean Béraud (autour de 1910)
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